Le peintre de tout ce qui "figure" la pulsion vitale.

Guy CHAMBELLAND


Christian Jauréguy, qui possède à un rare degré le sens de l'ellipse, nous apparaît comme le vibrant poète du mouvement et du danger, du risque poussé jusqu'au bout. Courses de chevaux, d'autos, de motos, de taureaux, il a des raccourcis fulgurants, un tempérament qui ne peut faire autrement que de bousculer conventions et préjugés. Chez lui, tout bouge, tout palpite comme au cinéma. Il nous emporte vite et bien, tel un Paul Morand de la peinture.

Pierre ESPIL


Chez Christian JAURÉGUY la maison du poème est riche, si la porte en reste étroite. Celle-ci franchie, naît l'enchantement, fait d'intelligence et de sensibilité.
Les moralités qui s'en dégagent, tellement vivantes, relèvent toujours de la philosophie éternelle et de la beauté. Et quand à la limite pointe la déception, elle n'est en vérité que le reflet de l'amour désespéré, incommunicable.

Poésie mouvante que celle de Christian JAURÉGUY, et de rigueur, où le rythme discret se cache sous l'apparence de la prose.
"J'ai tout perdu, dit-il, si vous entrez sans me reconnaître."

Betty BOGEAT
MUSIQUE POUR DES MOTS
Le tableau noir
11 août 1974 - Diffusion nationale


Christian Jauréguy, la force du sonnet

Il n'est pas indifférent qu'un auteur contemporain ait choisi pour s'exprimer dans son nouveau recueil le sonnet, "la petite chanson" des troubadours du 12e siècle, devenu, en Italie au 13e siècle, un poème à la forme fixe (deux quatrains, et deux tercets).

C'est avec des sonnets (canzoni) que Pétrarque célèbre Laure.
Sa forme passe en France avec Clément Marot, puis gagne l'Europe, séduisant Michel-Ange aussi bien que Shakespeare.
Le sonnet est l'ascèse de l'intelligence, unie à la sensibilité, si on s'en réfère au sens initial : l'exercice de l'athlète. C'est bien ainsi que l'entend Jauréguy, qui emmène la règle sur "des chemins de liberté".
Un sonnet, à tout prendre, qu'est-ce ? Un rectangle qui sertit l'indépendance de l'expression, la surface où la mathématique soutient le rythme, qui est mouvement, et la poésie, qui est musique. "Poésibilités" est le parcours en dix étapes d'un voyageur qui connaît du monde "la face et le profil".
Il a rêvé sur le temps impalpable, lent ou tumultueux, "le chemin de l'atelier" ouvre sur les "gestes et les signes", le mouvoir de la danse, les mirages du cirque, retient l'idée, glorifie la lumière dans "la roue sévère du vitrail". Il convoque les héros à la mort, à la gloire. Sur une "terre d'ombres", d'où jaillit, de rencontre, le poème, il recueille un "bouquet d'octobre" pour l'offrir à la femme et parer le désir, nous promène dans "les charmes du passé simple et du passé-présent" jusqu'à l'énigmatique autoroute.
Jauréguy rassemble les mots familiers de la cité pour qu'une insolite rencontre leur donne un sens nouveau. L'enjambement désoriente l'alexandrin, fait chanter la musique sur un mode inconnu, et emmène l'idée loin des sentiers battus.
"Ce n'est pas une règle qui nous porte, c'est nous qui portons la règle" (dialogue des Carmélites). Jauréguy "transcende la règle", la sublime en choix de vie, en philosophie de l'existence, glisse la ferveur dans la rigueur, réinvente un mot-clé : amour. Poète de la force et de la tendresse, il est le témoin sensible des travaux et des jours qui nous conduit à "inventer ou réinventer des réponses".

A.H

"Poésibilités", Atlantica, 144p.

Groupe La Marseillaise et l'Hérault du Jour, mardi 7 novembre 2006.